Marcher sur Compostelle plusieurs fois : une aventure au long cours en retraite

31 juillet 2026

compostellegradignan.fr

Redécouvrir Compostelle après la vie active : pourquoi repartir plusieurs fois ?

Le Chemin de Compostelle, ce n’est pas qu’un voyage unique, un rêve à cocher d’une liste. Pour de nombreux retraités, il devient une sorte de trame dans l’étoffe des années, un fil rouge qui relie des saisons de vie et des envies nouvelles. À chaque départ, l’expérience s’enrichit, la fatigue n’est jamais tout à fait la même, et la rencontre avec soi-même comme avec les autres gagne en profondeur.

Marcher à la retraite, c’est aussi se donner la liberté du rythme : prendre le temps au sens le plus pur, sans l’obligation de parcourir à tout prix 800 kilomètres d’un coup. Beaucoup de seniors décident de « saucissonner » le chemin, réalisant une portion chaque année. Cette manière de parcourir Compostelle est loin d’être marginale : selon une enquête du Centre d’études sur Compostelle en 2019, plus de 35 % des pèlerins français de plus de 60 ans abordent le chemin de façon fractionnée, souvent sur plusieurs années.

Pourquoi ce choix ? Pour préserver le corps, pour savourer chaque étape, pour rencontrer de nouveaux camarades de route et, souvent, pour faire du chemin un rendez-vous annuel, porteur de sens et de projets.

Un chemin modulable : la force des différents itinéraires

Contrairement à l’image classique du « Camino Francés » qui relie Saint-Jean-Pied-de-Port à Saint-Jacques-de-Compostelle d’un trait, le réseau jacquaire propose une palanquée d’itinéraires, en France comme en Espagne, adaptés à toutes les envies et tous les niveaux.

  • La Voie du Puy-en-Velay (Via Podiensis) : près de 1 600 kilomètres jusqu’à Santiago, c’est la voie française la plus fréquentée, mais elle peut se diviser en tronçons de 5 à 10 jours parfaitement adaptés à un rythme de retraité.
  • La Voie de Tours (Via Turonensis) : traversant l’Ouest de la France, elle propose un chemin plus plat et souvent un peu moins couru, idéal pour ceux qui préfèrent éviter la montagne.
  • Le Camino Portugués : point de départ souvent choisi par les marcheurs souhaitant découvrir le Portugal, avec une atmosphère différente et la possibilité de tronçons courts, entre Porto et Santiago notamment.
  • Le Chemin d’Arles (Via Tolosana) : pour rejoindre l’Espagne par le sud, avec un passage par les Pyrénées et la découverte de belles bastides occitanes.
  • Les chemins du nord de l’Espagne : Camino del Norte, Primitivo... souvent conseillés après une première expérience, pour sortir de la foule et découvrir de nouveaux paysages maritimes montagnards.

Ces voies sont toutes balisées, accueillantes, avec une offre d’hébergements adaptée. Beaucoup proposent des étapes de moins de 20 km, configuration recherchée par les marcheurs soucieux de respecter leurs limites physiques.

Parcourir le Motif du Chemin, Année après Année : aspects pratiques et organisation

À la retraite, organiser son voyage diffère sensiblement des années d’activité professionnelle. Il n’est pas rare de croiser des pèlerins qui, entre 65 et 80 ans, découpent l’aventure sur 4, 5 voire 10 ans, avec pour chacun un projet personnel : finir la Via Podiensis un automne, traverser la Meseta castillane l’année suivante, partir de Porto un printemps, ou emprunter la voie d’Arles sur une nouvelle saison.

Comment préparer une succession de voyages ?

  • Conserver une trace précise du point d'arrêt chaque année, idéalement sur sa crédentiale (le carnet du pèlerin), pour reprendre exactement là où le pas s’est arrêté. Certains couchent la date, d’autres prennent une photo du lieu ou demandent un tampon à l'hébergement le dernier soir : une façon de lier l’aventure d’année en année.
  • Adapter la durée de chaque séjour : certains partent deux semaines, d’autres cinq jours. Tout dépend des contraintes personnelles, des envies et parfois – il faut le dire – de la météo, car partir hors saison (en septembre-octobre ou avril-mai) devient une astuce appréciée pour éviter la foule et la chaleur.
  • Planifier les hébergements selon ses capacités : il existe maintenant nombre de sites spécialisés, dont la Fédération Française des Amis de Saint Jacques (compostelle.fr), qui permettent de réserver à l’étape, notamment en gîte, chambre d’hôte, ou même, pour certains, en hôtel pour davantage de confort la nuit venue.

Quelques chiffres sur les seniors sur le chemin

  • En 2023, selon les statistiques de l’Oficina del Peregrino de Santiago, près de 27% des pèlerins délivrés du certificat (Compostela) avaient plus de 60 ans. Et plus de la moitié parmi eux avaient déjà effectué au moins une portion du chemin les années précédentes.
  • En France, la Fédération a recensé en 2022 plus de 9 500 adhérents retraités, dont plus de 40 % déclarent parcourir Compostelle chaque année, sous des formes différentes.

Préserver le plaisir : conseils pour enrichir son parcours dans la durée

Faire et refaire Compostelle n’a rien de monotone. En réalité, la vie sur le chemin change d’une année sur l’autre : le groupe d’amis qu’on y retrouve parfois, les paysages qui évoluent, la saison, la rencontre avec d’autres marcheurs venus d’ailleurs.

Pour garder le plaisir intact, quelques astuces :

  • Changer de chemin ou de saison : ceux qui reprennent la « mécanique Compostelle » apprécient parfois de varier les paysages, de partir en automne pour profiter du silence, ou de découvrir la Galice sous le crachin printanier.
  • Se donner de nouveaux objectifs personnels, plus modestes ou différents : marcher en famille, accompagner un ami, ou même se fixer comme but de découvrir la gastronomie locale ou les éléments de patrimoine.
  • Alléger le sac d’année en année : avec l’expérience, les retraités deviennent souvent les champions du sac minimaliste, apprenant à n’emporter que l’essentiel. Cela aide au confort et à la sécurité, sujet particulièrement discuté lors des rencontres d’étape.
  • Gérer la récupération : il est utile de s’informer sur les hébergements proposant repos et soins (kinésithérapeutes, balnéothérapie, massages, etc.), de plus en plus présents sur certains chemins français.

Vivre plusieurs cheminements, une richesse spirituelle et sociale

Revenir sur Compostelle, c’est aussi approfondir sa quête, redécouvrir des aspects que la première marche avait peut-être effleurés. Certains retraités évoquent le sentiment de « revenir chez soi » sur le chemin, mais dans un corps vieilli et un esprit transformé.

Des témoignages recueillis par Le Monde (édition spéciale Compostelle, 2022) montrent que deux retraités sur trois ayant fait le chemin plusieurs fois estiment que leur démarche initiale (parfois religieuse, parfois purement sportive, parfois affective) se renouvelle en profondeur au fil des années. Le rapport à la solitude, à l’effort, au silence mais aussi au partage évolue.

Les associations jacquaires accompagnent ce mouvement en proposant des compagnonnages, des bourses d’entraide, voire des hébergements à prix libres. Ce soutien communautaire joue un rôle précieux, surtout pour les marcheurs seuls ou ceux qui hésitent à repartir à cause de l’âge ou de petits soucis de santé.

Les précautions à prendre, année après année

Si repartir plusieurs fois sur Compostelle est possible, même au-delà de 70 ou 75 ans, il reste important de rester vigilant sur quelques points :

  • Faire un point santé chaque année avant de partir, en discutant son projet avec son médecin traitant (cette recommandation est reprise par l’Assurance Maladie : voir Ameli.fr).
  • Prévoir un carnet médical succinct à glisser dans son sac, notamment si on souffre d’allergies ou de pathologies nécessitant un traitement régulier.
  • Se renseigner sur les points d’assistance (pharmacies, postes médicaux, transport d’urgence) : ces informations sont bien relayées sur certains sites associatifs et dans la plupart des guides papier, comme le Guide du Routard Compostelle.
  • Envisager des alternatives pour raccourcir une étape : il existe de nombreux services de transport de bagages ou de taxis de village à village, ce qui permet de s’adapter en cas de coup de fatigue ou de blessure.

Bon à savoir : l’accueil pèlerin, central sur le chemin, prend bien en compte les contraintes des plus de 65 ans, avec des bénévoles souvent eux-mêmes retraités, qui sauront trouver une solution, un conseil, ou parfois un peu de réconfort lors des passages plus difficiles.

Aller plus loin : entre fidélité et renouvellement

Vivre plusieurs chemins de Compostelle à la retraite, ce n’est pas simplement accumuler des kilomètres ou des tampons, c’est donner à chaque année une couleur nouvelle, entre rituels rassurants et découvertes inattendues. Beaucoup de retraités ont fait du chemin leur horizon annuel, un espace de liberté retrouvée, une façon de s’inscrire dans un temps long et de mieux se connaître en marchant doucement.

Au fil des ans, le chemin ne se répète jamais tout à fait. Il devient, pour certains, une compagnie fidèle, pour d’autres, un appel à sortir du confort et à tisser de nouveaux liens. Les associations, les guides spécialisés, les hébergeurs ou même les petites communes traversées font tout pour que l’expérience reste accessible, agréable et sûre pour chaque génération.

Marcher plusieurs fois vers Compostelle, c’est se donner la possibilité de mûrir avec le Chemin, de le voir évoluer – comme soi-même – et d’ouvrir l’avenir à de nouveaux départs, toujours plus riches, à chaque âge.

Sources : Fédération Française des Amis de Saint Jacques, Oficina del Peregrino, Centre d’études sur Compostelle, Le Monde, Assurance Maladie (Ameli.fr), Guide du Routard Compostelle.

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