Être prêt, c’est aussi se rassurer : la visite médicale avant de marcher après 60 ans

20 août 2025

compostellegradignan.fr

Pourquoi une visite médicale est recommandée avant de partir marcher longtemps passé un certain âge ?

À mesure que l’on avance en âge, le corps change et réagit différemment à l’effort. Selon l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM), la sédentarité concerne près de 40 % des 65-74 ans en France. Passer d’une activité modérée ou faible à plusieurs jours de marche intensive par semaine n’est donc pas anodin. Pour les seniors, marcher 15 à 20 kilomètres durant plusieurs jours constitue parfois une rupture d’habitude importante, d’où la nécessité de vérifier sa condition physique.

Les autorités sanitaires recommandent, à partir de 60 ans et pour toute personne souffrant d’une affection chronique (hypertension, diabète, troubles cardiaques…), une visite chez un professionnel de santé avant de reprendre ou d’intensifier une activité endurante. Selon la Haute Autorité de Santé (HAS), près d’une personne âgée sur deux a au moins deux maladies chroniques. Il est donc rarement inutile de consulter, même si aucun nouveau symptôme n’est apparu.

Quels problèmes de santé dépister ou surveiller avant la marche ?

Marcher pendant des heures sollicite le cœur, les articulations, les muscles, mais aussi parfois le moral. Le médecin saura repérer d’éventuels facteurs de risque ou contre-indications, même silencieux :

  • Maladies cardiovasculaires : l’effort soutenu peut démasquer une insuffisance coronarienne ou une arythmie jusque-là silencieuse. 70 % des infarctus chez les plus de 60 ans surviennent sans symptômes préalables marqués (Fédération Française de Cardiologie).
  • Hypertension : 63 % des plus de 65 ans sont concernés (source : Assurance Maladie). La gestion de l’effort et des médicaments doit parfois être ajustée.
  • Diabète : L’effort physique modifie les besoins en insuline ou comprimés, ce qui nécessite un avis médical et un plan personnalisé.
  • Problèmes ostéo-articulaires : genoux, hanches, lombaires, pieds… Le risque de blessure augmente en cas de surcharge ou de mauvaise préparation.
  • Problèmes d’équilibre ou troubles sensoriels : La majorité des chutes graves chez les seniors a lieu en terrain irrégulier. Sur le chemin, racines, pierres, fatigue peuvent fragiliser.

Quels examens médicaux peuvent être proposés ?

Le médecin proposera en général :

  • Un bilan cardiovasculaire : électrocardiogramme de repos parfois complété par un test d’effort (plus rare, mais pertinent si vous avez des facteurs de risque ou des antécédents familiaux).
  • Une évaluation de l’appareil locomoteur : examen clinique, parfois radio ou échographie si douleurs chroniques, notamment genoux ou hanches.
  • Un point sur les traitements en cours : vérifier interactions, adapter les horaires des prises aux journées de marche.
  • Un simple contrôle des constantes : tension artérielle, glycémie à jeun en cas de diabète, bilan sanguin si doute.

La consultation servira aussi à faire un point sur les vaccinations : le tétanos revient chaque année, même sur les sentiers.

À qui s’adresse en priorité ce rendez-vous ?

  • Aux personnes ayant déjà eu un incident de santé sérieux (infarctus, AVC, fractures récentes, cancer, etc.).
  • À celles qui ont “des petits bobos qui traînent” : gêne persistante au genou, mal de dos chronique, sensation d’essoufflement plus marquée, palpitations inhabituelles, troubles du sommeil, etc. Même s’ils vous semblent mineurs, mieux vaut vérifier.
  • À celles qui n’ont pas consulté depuis longtemps : le vieillissement peut s’accompagner de modifications lentes et inaperçues, qui ne gênent pas au quotidien mais se révèlent à l’effort.
  • En cas de prise de traitements multiples (anticoagulants, hypoglycémiants, anxiolytiques, etc.), pour préparer une ordonnance adaptée à l’effort et au voyage.

L’exemple de Marie, partie à 68 ans

Lors d’un accueil à Gradignan, Marie, 68 ans, est arrivée le matin même pour entamer son premier tronçon de Compostelle. Quelques jours plus tôt, lors d’une consultation avec son médecin, de simples mesures de tension ont mis en évidence des valeurs élevées. L’ajustement de son traitement, fait à temps, lui a permis d’éviter des soucis sur le trajet. Marie m’a confié avoir marché, rassurée, sans crainte d’un problème en pleine campagne.

Comment préparer sa consultation médicale quand on veut marcher ?

Une consultation de préparation ne s’improvise pas. Pour la rendre utile, voici quelques recommandations pratiques :

  1. Informer votre médecin de votre projet spécifique  : distance quotidienne prévue (ex : entre 12 et 25 km/jour), durée, dénivelé, nature des sentiers, autonomie, conditions (sac à dos, hébergements). Le chemin de Compostelle n’est pas le même que la marche urbaine ou le sentier de pêche local.
  2. Faire le point sur vos antécédents et vos symptômes récents : douleurs à l’effort, essoufflement, chutes récentes, difficultés à marcher longtemps, troubles digestifs, perte de poids involontaire, etc.
  3. Lister vos traitements et posologies habituelles : cela permettra d’envisager des ajustements, d’autant plus si vous partez loin de vos habituelles pharmacies.
  4. Demander conseil sur la trousse de secours : quelles crèmes ou compresses emporter, paracétamol ou anti-inflammatoire, conseils en cas d’ampoules, instructions précises sur la prise de médicaments en cas de retard ou d’oubli.
  5. Actualiser vos vaccinations : le tétanos reste indispensable, l’hépatite A peut être utile selon les lieux de passage, un rappel coqueluche-diphtérie-polio aussi en cas de voyage long.

Parler aussi de l’aspect psychologique : être rassuré, c’est aussi mieux marcher

Ce rendez-vous ne se réduit pas à une simple formalité. Il permet souvent à la personne, mais aussi à ses proches, de se sentir rassurés. La peur de « faire une bêtise » ou de « prendre des risques » est fréquente parmi les marcheurs d’âge avancé, mais bien discuter du projet avec un professionnel permet de réajuster le regard qu’on porte sur ses propres capacités.

Parfois, la préparation médicale est surtout l’occasion d’engager un dialogue sur le rapport à l’effort, sur la capacité d’écoute du corps, sur sa fatigue. On conseille alors de :

  • Marcher quelques semaines avant sur des distances franchissables, même modestes.
  • Noter chaque soir les sensations, limitations, douleurs, ou satisfactions.
  • Visualiser la gestion des imprévus : revenir sur ses pas, renoncer à une étape trop rude, demander de l’aide sans culpabilité.

Adapter la marche à son âge : conseils pratiques

La médecine ne fait pas tout : l’écoute de soi, la progressivité, la souplesse d’organisation sont centrales, surtout entre 60 et 80 ans. Pour contribuer à votre sécurité et à la réussite de votre marche :

  • Commencez doucement : la première semaine, privilégiez des étapes courtes et augmentez si tout va bien (ex : 12 à 17 km la première semaine).
  • Équipez-vous modérément : portez un sac léger (max. 8kg, idéalement autour de 6kg, soit 10 à 12 % de votre poids corporel).
  • Ménagez vos articulations : bâtons de marche, chaussures à semelle épaisse, marche lente et régulière.
  • Hydratez-vous régulièrement  (évitez les longues journées sans arrêt ; la déshydratation est plus rapide avec l’âge, même en l’absence de soif marquée).
  • Ne négligez pas les étapes de repos : prévoir une demi-journée d’arrêt toutes les semaines, ou plus si le corps le réclame.

La Fédération française de randonnée pédestre (FFRandonnée) rappelle que chez les plus de 65 ans, les incidents les plus fréquents sont les douleurs articulaires (35 %), les chutes (12 %) et la survenue de malaise (8 %).

Que faire si le médecin déconseille le départ ?

Il arrive que le médecin juge le projet à risque important : pathologie aiguë non stabilisée, problèmes cardiaques sévères, troubles de l’équilibre majeurs, perte de poids inexpliquée. Il ne faut pas l’interpréter comme un « jugement », mais comme un temps pour ajuster le projet :

  • Reprogrammer le départ le temps de soigner.
  • Prévoir un accompagnement (ami, proche, voire association de marcheurs spécialisés).
  • Adapter l’itinéraire, avec étapes raccourcies, hébergements intermédiaires, points d’arrêt accessibles en voiture.

Pour aller plus loin : ressources utiles et liens pratiques

Ressource Thématique Lien
Haute Autorité de Santé Préparation physique et médicale à la marche HAS
Fédération française de Cardiologie Dépistage cardiovasculaire senior fedecardio.org
FFRandonnée Conseils pratiques marche senior ffrandonnee.fr
Assurance Maladie Gestion des médicaments, risques chroniques ameli.fr
INSERM Santé, vieillissement et activité physique inserm.fr

Laisser la place au possible

La consultation médicale avant une marche au long cours n’est pas là pour interdire, mais pour permettre : jamais trop tard pour marcher, du moment qu’on prend soin de soi et que l’on connaît ses limites. Le chemin, à Gradignan comme ailleurs, appartient à celles et ceux qui choisissent de partir en confiance, pas à pas, bien entouré. L’essentiel est de donner au corps le temps d’écouter, au cœur celui de s’ouvrir, et à l’esprit la curiosité de découvrir encore.

Pour aller plus loin

En savoir plus à ce sujet :