Marcher vers Compostelle passé 60 ans : préparer son corps, rassurer son cœur

14 septembre 2025

compostellegradignan.fr

Une consultation médicale avant de partir : un passage obligé à ne pas négliger

Chaque année, le Chemin accueille des marcheurs d’âge varié. On estime qu’environ 28 % des pèlerins ont plus de 60 ans (source : Office des Pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle, 2022). Ces marcheurs racontent souvent que leur médecin a été leur premier compagnon de route – parfois rassuré, parfois exigeant. Cette étape essentielle n’est pas qu’un formalisme : elle permet de faire le point en toute objectivité sur ses possibilités.

  • Bilan cardiovasculaire : Après 60 ans, le cœur doit être à l’honneur. Il peut être utile de passer un électrocardiogramme (ECG) de repos, et, selon le profil, d’envisager un test d’effort, surtout si l’on débute ou reprend une activité soutenue (source : Fédération Française de Cardiologie).
  • Contrôle du diabète : Pour les marcheurs traités pour un diabète, il est d’autant plus important de vérifier son équilibre glycémique, car l’effort modifie les besoins en insuline ou en antidiabétiques oraux. Une consultation spécialisée est conseillée.
  • Vérification de la tension artérielle : Une hypertension non stabilisée peut transformer une aventure en parcours du combattant. Le médecin adaptera parfois le traitement pour les longues marches.
  • Bilan podologique : S’assurer qu’aucune déformation du pied n’induit de risques de blessure, notamment chez les personnes diabétiques ou présentant une neuropathie.

Certaines vaccinations sont recommandées si l’on part longtemps ou en collectif (DTPolio, antigrippal surtout entre octobre et avril, voire anti-pneumocoque sur avis médical). La consultation permettra d’aborder tous ces sujets.

Anticiper les éventuels besoins de santé : traitements, ordonnances et prévention

Avec l’âge, bien des marcheurs ne partent pas les mains vides mais avec leurs traitements habituels, parfois une armoire à pharmacie ambulante. Il n’y a pas à en rougir – mais il faut organiser cela avec rigueur.

  • Médicaments en quantité suffisante : Prévoyez pour la durée totale de marche, avec une marge de sécurité en cas d’imprévus (retard, détour). Pour l’Espagne, gardez toujours l’ordonnance (de préférence rédigée en DCI et traduite sommairement en espagnol).
  • Pilulier hebdomadaire : Utile pour éviter les oublis, en particulier en situation de fatigue ou de routine cassée. Un simple pilulier à compartiments rend les choses plus fluides.
  • Liste des traitements et antécédents : Notée clairement sur une fiche dans le sac, en français et, si possible, en espagnol ou anglais, pour le cas d’une prise en charge d’urgence.
  • Précautions particulières : Pour les personnes prenant des anticoagulants, surveiller la survenue d’hématomes ou de saignements. Pour les traitements contre l’hypertension, éviter la déshydratation. Astuce : boire avant d’avoir soif, et préférer l’eau plate.

Adapter l’entraînement à son âge et à sa condition : la marche avant la marche

L’expérience montre qu’il n’est jamais trop tard pour progresser. Mais à 60 ans et plus, mieux vaut ne pas être pris de court. On recommande de commencer un entraînement 8 à 12 semaines avant le départ, même pour des marcheurs déjà actifs. L’idée n’est pas de rechercher la performance, mais d’habituer le corps à la régularité et à la durée.

  1. Marcher plusieurs fois par semaine (deux à trois sorties, de 45 à 90 minutes, puis augmenter progressivement la durée.)
  2. Inclure de petites montées et descentes si possible, pour préparer les muscles et les articulations.
  3. Essayer de marcher avec le sac à dos prévu pour Compostelle, en augmentant son poids au fur et à mesure, jusqu’à 7-8 kg maximum en général (source : Fédération Française de Randonnée Pédestre).

L’entraînement progressif diminue le risque de blessure et de découragement. Les accidents les plus fréquents sur le chemin, ce sont les tendinites, les entorses, les ampoules et, plus rarement, les pertes de connaissance liées à l’hypoglycémie ou à la déshydratation. Un corps bien préparé est un allié sur lequel vous pouvez compter.

Bien choisir son matériel : chaussures, bâtons et prévention des blessures

Sur le chemin, chaque équipement a son importance. On ne compte plus les pèlerins qui, au bout de quelques jours, devront s’arrêter pour soigner une ampoule ou changer de chaussures trop neuves. Ce genre de souci prend parfois une ampleur disproportionnée. Quelques principes simples pour l’éviter :

  • Chaussures adaptées : choisir des chaussures de marche déjà faites à vos pieds, larges en avant, tenant bien la cheville. Les modèles « trail » conviennent souvent sur le chemin, en terrain roulant. Une étude de la Société Française de Podologie rapporte que 64 % des lésions du pied chez les randonneurs proviennent de chaussures mal adaptées.
  • Sous-vêtements et chaussettes : à privilégier sans couture et respirant ; emporter deux paires de chaussettes pour pouvoir en changer si elles deviennent humides.
  • Bâtons de marche : utiles pour soulager les genoux et les hanches en descente ; ils aident à répartir l’effort et permettent de prévenir certaines chutes. Plusieurs études montrent qu’ils réduisent la pression articulaire de 20 % en pente descendante (source : Annals of Rheumatic Diseases, 2018).

En cas de prothèse de hanche ou de genou, il faut demander l’avis de l’orthopédiste – mais de nombreux marcheurs témoignent pouvoir repartir, à leur rythme, avec une préparation et une surveillance adaptée.

Hydratation et alimentation : deux axes clés pour ménager sa santé

La marche modifie le rapport au corps et à la soif. Beaucoup de seniors sous-estiment leurs besoins d’hydratation. Or, la déshydratation augmente le risque de malaise et de chute. Il n’existe pas de règle universelle, mais l’Agence Nationale de Sécurité Sanitaire (ANSES) conseille environ 2,5 litres d’eau par jour chez le senior en activité modérée.

  • Emportez régulièrement de petites quantités à boire, et buvez par petites gorgées.
  • Préférez l’eau. Les sodas et jus de fruits accentuent la soif à long terme.
  • Adaptez votre alimentation : faites la part belle aux sucres lents (pain complet, pâtes, légumineuses) et ne négligez pas l’apport en protéines, pour limiter la fonte musculaire.

Une collation toutes les 2 à 3 heures de marche (fruits secs, noix, barres de céréales sans excès de sucre) aide à maintenir un bon niveau d’énergie. Pour les diabétiques ou les personnes suivant un régime particulier, c’est une adaptation à discuter avant le départ.

Respecter son rythme et reconnaître les signaux d’alerte

Marcher après 60 ans, c’est apprendre à s’écouter – ce n’est ni un aveu de faiblesse ni une excuse. La fatigue fait partie du chemin, mais certains signes doivent alerter :

  • Douleur persistante au mollet (risque de phlébite chez la personne à risque)
  • Essoufflement anormal ou douleurs thoraciques
  • Palpitations, vertiges, chute brutale de tension
  • Sensation de soif intense, bouche sèche malgré l’hydratation régulière

Un arrêt s’impose en cas de doute, et il ne faut jamais hésiter à demander un avis ou à contacter les secours. Les hospices et refuges sur le Chemin disposent bien souvent d'informations et de contacts médicaux locaux : notez-les en arrivant dans une ville-étape.

Risques spécifiques à certains profils : qui doit redoubler de vigilance ?

Certains profils nécessitent des ajustements spécifiques :

  • Personnes porteuses d’un stimulateur cardiaque : vigilance sur la possibilité d’IRM (si diagnostic d’entorse grave), informer ses compagnons de marche.
  • Anciens opérés cardiaques, coronaropathies connues : ajustement médical, notamment sur le rythme de marche et les signes d’alerte.
  • Affections respiratoires chroniques (BPCO, asthme) : prévoir les traitements de secours, tenir compte du niveau de pollution dans certaines grandes villes-étapes (notamment entrée dans Saint-Jean-Pied-de-Port).
  • Maladies neurodégénératives débutantes (Parkinson, Alzheimer léger) : possible avec bon encadrement, repérage, fiche d’information sur soi et téléphone d’urgence obligatoire.

Il n’y a pas d’exclusion de principe, mais chaque condition réclame une réflexion calme, concertée avec le médecin traitant.

Petit tableau récapitulatif : la checklist santé avant de partir

À vérifier À mettre en place
Consultation médicale générale Demander l’avis, évoquer le projet spécifique “Compostelle”
État cardiovasculaire ECG, test d'effort si nécessaire, gestion de l’hypertension
Traitements en cours Ordonnance internationale, quantité suffisante, pilulier
Pieds, articulations Podologue ou pédicure avant départ, chaussures adaptées
Alimentation et hydratation Préparer snacks, eau, organiser temps de pause
Repères médicaux Fiche personnelle, numéros d’urgence, informations traduites

Oser marcher, doucement mais sûrement

Le Chemin de Compostelle n’est pas la scène d’un exploit sportif. Après 60 ans, il se fait balade, marche attentive, longue respiration dans le fil du paysage et des jours. Avec de la préparation, du dialogue avec les professionnels de santé, et le respect de ses limites, la route s’ouvre différemment, au rythme de son âge. C’est là, souvent, que s’opère la magie de la marche : celle qui fait grandir, tranquillement, bien entouré. Si la perspective du départ fait naître le doute, c’est sans doute le plus signe que l’on avance déjà.

Ressources consultées :

  • Fédération Française de Cardiologie (fedecardio.org)
  • Office des Pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle (rapport 2022)
  • Agence Nationale de Sécurité Sanitaire de l’Alimentation, de l’Environnement et du Travail (anses.fr)
  • Fédération Française de Randonnée Pédestre (ffrandonnee.fr)
  • "Walking with poles reduces loads on lower limb joints and muscles", Annals of Rheumatic Diseases, 2018.

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