Bien choisir son point de départ sur Compostelle quand on marche à son rythme

14 février 2026

compostellegradignan.fr

Compostelle, une mosaïque de départs : comprendre les différentes options

Les « chemins de Compostelle » ne sont pas une voie unique, mais une multitude de parcours historiques qui convergent tous vers Saint-Jacques-de-Compostelle. En France, les « quatre grandes voies » recensées par l’UNESCO, sont les points de départ emblématiques :

  • La Via Podiensis (depuis le Puy-en-Velay)
  • La Via Turonensis (depuis Paris, passant par Tours et Poitiers)
  • La Via Lemovicensis (depuis Vézelay)
  • La Via Tolosana (depuis Arles)

Mais l’immense majorité des marcheurs choisit de ne faire qu’une partie de ce parcours, souvent plusieurs années de suite, par tranches. En 2023, selon l’Office de St Jacques, moins de 15 % des pèlerins français ont commencé à la toute première étape traditionnelle de leur voie (oficinadelperegrino.com).

Critères pour choisir son point de départ quand on a de l’expérience… en âge

Le choix du point de départ doit s'adapter à chaque histoire personnelle, à l’état de santé, aux envies du moment et au temps disponible. Pour les seniors, il est pertinent de tenir compte de :

  • L’accessibilité en transports (train, bus, autocar, voiture…)
  • Les premiers kilomètres : dénivelé et difficulté
  • L’offre d’hébergements adaptée à votre rythme
  • La fréquentation du chemin (pour bénéficier d’une ambiance conviviale sans être perdu dans la foule)
  • La possibilité de raccourcir ou adapter chaque étape

Une étude commandée en 2018 par l’Association des Amis de St Jacques de Compostelle a montré que parmi les pèlerins de plus de 65 ans, 72 % déclaraient « adapter fortement » leurs étapes, préférant marcher entre 12 et 18 km par jour, contre une moyenne de 22 à 25 km pour l’ensemble des marcheurs de moins de 45 ans.

Quelques points de départ adaptés aux seniors

Le Puy-en-Velay : une tradition, mais un début exigeant

Le Puy-en-Velay est un point de départ mythique. Les premiers pas, entre la haute ville et les sucs d’Auvergne, peuvent pourtant en décourager plus d’un. Dès la sortie de la ville, la montée vers Saint-Privat d’Allier est belle, mais raide : 643 m de dénivelé sur la première étape. Pour ceux qui souhaitent savourer le départ sans appréhension, il est possible de rejoindre Saint-Privat d’Allier en taxi ou en bus, et de démarrer ici, sur des terres déjà empreintes d’esprit jacquaire mais plus douces pour les articulations.

Anecdote : Près d’1 marcheur sur 6 qui se présente à la première halte médicale de Saugues lors des grands départs d’avril-mai a plus de 65 ans. Les bénévoles y rapportent que beaucoup auraient préféré commencer 1 ou 2 étapes plus loin, au cœur du plateau, une fois acclimatés à l’altitude et à la marche.

Saint-Jean-Pied-de-Port : une étape mythique, mais attention au col de Roncevaux

Saint-Jean-Pied-de-Port, au pied des Pyrénées, attire des foules venues du monde entier. La montée du col de Roncevaux demeure cependant une difficulté sérieuse : 1 200 m de dénivelé positif sur les 24 km jusqu’à Roncesvalles côté espagnol. De nombreux seniors choisissent de démarrer à Valcarlos (accessible en navette locale), côté vallée, où les étapes sont plus courtes et la montée se fait progressivement. Il est aussi possible de rester sur le versant français en profitant de navettes pour franchir le col en toute sécurité (plusieurs opérateurs privés le proposent en saison).

Point info : Les associations jacquaires conseillent depuis 2022 d’éviter la montée par Orisson/Roncevaux par mauvais temps, surtout pour les plus de 60 ans, précise le site santiago-compostela.net.

Conques, Cahors, Moissac : commencer son chemin dans le cœur du chemin

On oublie souvent qu’il est tout à fait possible – et même recommandé pour beaucoup de seniors – de commencer au « milieu » de la Via Podiensis, dans des villes accessibles par le train ou le bus, et où l’itinéraire est déjà balisé, plat ou vallonné, et riche en découvertes. Conques (Aveyron) est un bijou d’architecture et de spiritualité, mais ses rues sont en pente. Cahors et Moissac offrent quant à elles des débuts plus doux, tout en permettant de rejoindre la grande vague de pèlerins et de bénéficier d’hébergements adaptés.

  • Cahors : accessible en train, étapes modulables (12-18 km jusqu’à Montcuq ou Lauzerte), patrimoine riche, hébergements confortables.
  • Moissac : facile d’accès, ambiance jacquaire reconnue, gastronomie locale réputée, terrain favorable pour un début en douceur.

Le choix de la « Porte d’Aquitaine » : Gradignan, entre ville et campagne

Peu connue des guides généralistes, la section Gradignan-Hostens, sur la Voie de Tours, est de plus en plus choisie par les seniors. Elle combine le charme de la Gironde, la possibilité de partir à son rythme, l’accès facilité depuis Bordeaux (ligne directe de bus ou train en 20 minutes), et un premier tronçon relativement plat et bien balisé (14 km pour la première journée jusqu’à Léognan, puis Hostens…)

Info locale : La commune de Gradignan, labellisée « Ville Accueillante des Chemins de Compostelle » depuis 2019, offre une halte jacquaire avec espace d’information et de restauration, très fréquentée début mai et septembre — le pic des départs « seniors » selon le registre d’accueil local.

Marcher sans « pression » : l’art de choisir sa distance quotidienne

Il n’y a pas « une » bonne distance. L’expérience montre qu’au fil des ans, les jambes réclament plus de bienveillance : plutôt 12 ou 15 km par jour, avec des pauses, qu’une longue étape qui coupe l’envie le lendemain. En Espagne, le réseau d’auberges (albergues) est plus dense, mais en France, il faut parfois réserver à l’avance si on veut des étapes courtes, surtout autour des villes-étapes.

  • France : Hébergements proposés par les gîtes jacquaires, chambres d’hôtes, parfois petits hôtels communaux. Il est raisonnable de téléphoner 48h à l’avance.
  • Espagne : Très grand choix, ouvert d’avril à octobre, possibilité de choisir « à la dernière minute » le lieu d’arrêt selon sa forme. L’association espagnole AGACS publie chaque année un guide papier à jour des hébergements (aprinca.com).

Anecdote : Plusieurs gîtes en Gironde rapportent que 40 % de leurs premiers arrivants quotidiens sont âgés de plus de 60 ans entre mars et juillet.

Pourquoi l’accompagnement local peut tout changer pour bien commencer

Se renseigner auprès des associations jacquaires locales, c’est s’éviter des déconvenues : conseils sur la météo, sur l’état du balisage, numéros d’urgence, alertes spécifiques. De plus en plus de communes créent des accueils-partage ou la rencontre et le conseil font partie de l’aventure.

Liste utile :

  • La Fédération Française des Amis des Chemins de St Jacques : informations et cartes à jour (compostelle-france.fr)
  • Accueil pèlerins de Gradignan : point de rencontre et départ, tous les jours d’avril à fin octobre, conseils à la demande, prêt de crédencial (passeport du pèlerin).
  • Les forums en ligne officiels (Association Compostelle 2000, Saint-Jean-Pied-de-Port, Moissac) : retour d’expérience et entraide sur les étapes.

Recommandations pratiques avant de partir

À faire avant de choisir son point de départ À prévoir la première semaine
  • Faire vérifier son état de santé auprès de son médecin traitant
  • Étudier plusieurs départs et simuler la première étape (cartes, guides, forums)
  • Essayer son sac à dos lors de marches locales de 2 à 3h
  • Renseigner ses proches sur le projet et donner ses étapes
  • Garder la première étape courte (moins de 15 km), pour s’adapter
  • Arriver tôt à l’hébergement pour prendre le temps du repos
  • Ne pas hésiter à décaler son itinéraire d’une journée si la fatigue survient
  • Échanger chaque soir avec d’autres marcheurs seniors : l’expérience des uns fait le réconfort des autres

Marcher, c’est choisir sa propre aventure

Sur Compostelle, il n’y a pas de « mauvais » point de départ. Tout commence là où votre cœur, vos jambes, et parfois la logique du train ou du bus vous mènent. L’important, finalement, n’est pas d’aller loin, ni vite, mais d’aller juste. Depuis quelques années, la majorité des seniors rencontrés sur les chemins déclarent avoir préféré « commencer » dans un lieu où ils se sentaient attendus, entourés, et où il était simple de moduler chaque journée. Beaucoup n’ont fait que 6 ou 7 étapes, parfois moins — et en gardent le souvenir doux d’une aventure à hauteur d’homme.

Marcher à son rythme, c'est aussi s'autoriser à changer d’avis – prolonger, réduire, ou remettre son sac à l’an prochain. Le véritable point de départ, c’est d’oser le premier pas.

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